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Top 5 des compositeurs contemporains à connaître absolument

La musique savante n'a pas cessé de s'écrire après 1950. Cinq compositeurs pour entrer dans la création d'aujourd'hui, avec des œuvres accessibles et des pistes pour aller plus loin.

Inès RocheRubriques Chant & chorale et Culture
Publié le Mis à jour le
En bref
—Nous entendons par « contemporains » des compositeurs vivants ou dont l'œuvre s'est déployée pour l'essentiel depuis la fin du XXe siècle.
—Les cinq noms retenus couvrent des esthétiques très différentes : minimalisme, spiritualité, recherche sur le timbre, héritage orchestral.
—Pour chacun, une ou deux œuvres d'entrée permettent une première écoute sans prérequis.

Pour beaucoup de mélomanes, la musique classique s’arrête quelque part entre Ravel et Stravinsky. Ce qui vient ensuite traîne une réputation d’austérité, voire d’hostilité envers l’auditeur. Cette image ne correspond pourtant qu’à une partie de l’histoire. Depuis la fin du XXe siècle, la création musicale est d’une diversité considérable, et certains compositeurs vivants remplissent des salles aussi sûrement que les grands noms du répertoire.

Ce que l’on entend par « contemporain »

Le terme est ambigu. Dans les manuels, la « musique contemporaine » désigne souvent la musique savante écrite après 1945 : le sérialisme de Pierre Boulez ou de Karlheinz Stockhausen, la musique concrète de Pierre Schaeffer, les recherches de György Ligeti ou de Iannis Xenakis. Mais la plupart de ces figures ont disparu, et leur musique appartient désormais à l’histoire.

Nous avons retenu une définition plus resserrée : des compositeurs vivants ou dont l’œuvre majeure s’est déployée depuis la fin du XXe siècle, et dont la musique continue d’être largement jouée aujourd’hui. Les critères de sélection sont simples : une voix immédiatement reconnaissable, une influence réelle sur d’autres musiciens, une présence régulière dans les programmes de concert, et des œuvres accessibles pour une première découverte.

Ce choix de cinq noms est forcément réducteur. Il privilégie des esthétiques variées plutôt qu’un courant unique, et assume d’écarter des créateurs tout aussi importants, cités plus bas.

Arvo Pärt, le silence et la résonance

Repères

Né en 1935 à Paide, en Estonie, Arvo Pärt commence par écrire dans un langage moderniste, y compris sériel, ce qui lui vaut des frictions avec les autorités soviétiques. Au début des années 1970, il traverse une longue période de silence créateur, consacrée à l’étude du chant grégorien et de la polyphonie médiévale. Il en ressort en 1976 avec un style radicalement nouveau, qu’il nomme tintinnabuli : une voix mélodique avance par degrés, tandis qu’une seconde voix égrène les notes d’un accord parfait, comme des cloches. Émigré en 1980, il vit longtemps à Berlin avant de revenir en Estonie. Il est aujourd’hui, selon les statistiques annuelles de Bachtrack, le compositeur vivant le plus joué au monde.

Œuvres d’entrée

  • Spiegel im Spiegel (1978), pour violon (ou violoncelle) et piano : une dizaine de minutes d’une simplicité désarmante.
  • Tabula rasa (1977), double concerto pour deux violons, piano préparé et cordes, et Fratres, dont il existe de nombreuses versions instrumentales.

Pour les pianistes, la courte pièce Für Alina (1976), première œuvre du style tintinnabuli, est une introduction idéale, à la portée d’un amateur. Elle demande surtout une écoute attentive de la résonance, et donc un usage réfléchi de la pédale de sustain.

Steve Reich, la pulsation et le déphasage

Repères

Né à New York le 3 octobre 1936, Steve Reich est l’une des figures fondatrices du minimalisme américain. Dans les années 1960, il découvre le principe du phasing en faisant tourner deux boucles de bande magnétique identiques à des vitesses légèrement différentes : les motifs se décalent peu à peu, faisant naître des figures nouvelles. Il transpose ensuite ce procédé aux instruments, notamment dans Piano Phase (1967). Son étude des percussions d’Afrique de l’Ouest et de la cantillation hébraïque nourrit son écriture. Il a reçu le prix Pulitzer de musique en 2009 pour Double Sextet, et son 90e anniversaire, en octobre 2026, donne lieu à de nombreux concerts à travers le monde.

Œuvres d’entrée

  • Music for 18 Musicians (1974-1976) : une heure de pulsation hypnotique, souvent citée comme son chef-d’œuvre.
  • Different Trains (1988), pour quatuor à cordes et bande, écrit pour le Kronos Quartet : Reich y confronte ses souvenirs de voyages en train aux États-Unis pendant son enfance et le sort des enfants juifs déportés en Europe à la même époque.

Les guitaristes peuvent aussi explorer Electric Counterpoint (1987), créé par Pat Metheny, qui superpose de nombreuses parties de guitare enregistrées.

Philip Glass, de la scène à l’écran

Repères

Né à Baltimore le 31 janvier 1937, Philip Glass a étudié à la Juilliard School puis à Paris auprès de Nadia Boulanger. Sa collaboration avec le musicien indien Ravi Shankar l’oriente vers une musique fondée sur des structures rythmiques additives. Avec son propre ensemble, il développe un langage fait de motifs répétés, d’arpèges et de lentes transformations. Le grand tournant est Einstein on the Beach (1976), opéra hors normes conçu avec le metteur en scène Robert Wilson, dont le cinquantenaire est célébré en 2026. Glass a ensuite écrit de nombreux opéras, des symphonies et des musiques de film, ce qui en fait sans doute le compositeur contemporain le plus connu du grand public.

Œuvres d’entrée

  • Glassworks (1982) : un album court, conçu pour l’écoute domestique, qui résume parfaitement son style.
  • Koyaanisqatsi (1982), musique du film de Godfrey Reggio, ou la bande originale de The Hours (2002).

Au piano, Metamorphosis (1988) et ses Études sont devenues des classiques du répertoire amateur et professionnel. Leurs arpèges réguliers exigent une main stable et un toucher égal, ce qui en fait aussi un excellent travail technique, sur piano acoustique comme sur un instrument numérique tel que le Kawai KDP120.

Kaija Saariaho, la couleur du son

Repères

Née à Helsinki en 1952 et disparue à Paris en 2023, Kaija Saariaho a vécu en France à partir du début des années 1980. Elle a travaillé à l’Ircam, l’institut de recherche musicale fondé par Pierre Boulez, où elle a exploré l’analyse informatique du son et l’association de l’électronique aux instruments. Sa musique est une affaire de timbres : des textures mouvantes, des passages insensibles du son au bruit, une écriture orchestrale d’une grande finesse. Sa disparition récente n’a pas réduit la présence de son œuvre, qui reste parmi les plus jouées de sa génération.

Œuvres d’entrée

  • L’Amour de loin (2000), son premier opéra, sur un livret d’Amin Maalouf, créé au festival de Salzbourg. Il a été donné au Metropolitan Opera de New York en 2016.
  • Graal théâtre (1994), concerto pour violon écrit pour Gidon Kremer, ou Notes on Light, concerto pour violoncelle.

Son dernier opéra, Innocence, créé au festival d’Aix-en-Provence en 2021, a également été salué comme l’un des sommets de son catalogue.

Thomas Adès, l’héritier inventif

Repères

Né à Londres en 1971, Thomas Adès est à la fois compositeur, chef d’orchestre et pianiste. Il s’est imposé très jeune avec un premier opéra au sujet scandaleux, Powder Her Face (1995), puis avec Asyla (1997), pièce orchestrale créée par Simon Rattle et le City of Birmingham Symphony Orchestra. Sa musique dialogue avec toute la tradition, des danses anciennes aux rythmes de la musique électronique, mais avec une harmonie et une orchestration d’une invention constante. Il est l’un des rares compositeurs de sa génération à voir ses opéras repris régulièrement sur les grandes scènes.

Œuvres d’entrée

  • Asyla (1997), et notamment son troisième mouvement, Ecstasio, inspiré de la musique de club.
  • The Tempest (2004), opéra d’après Shakespeare créé au Royal Opera House de Londres, ou The Exterminating Angel (2016), d’après le film de Luis Buñuel.

Plus récemment, son ballet Dante, d’après La Divine Comédie, a confirmé son talent pour les grandes fresques orchestrales.

Pour aller plus loin

Ce top 5 laisse de côté de nombreux compositeurs majeurs. Voici quelques pistes pour prolonger l’exploration :

  • John Adams (né en 1947) : héritier du minimalisme, auteur de l’opéra Nixon in China (1987) et de l’œuvre orchestrale Short Ride in a Fast Machine.
  • Pascal Dusapin (né en 1955) : figure importante de la création française, auteur d’opéras et de sept Solos pour orchestre.
  • Unsuk Chin (née en 1961) : compositrice sud-coréenne installée à Berlin, connue pour ses Études pour piano et son opéra Alice in Wonderland.
  • György Kurtág (né en 1926) : maître hongrois de la forme brève, dont les recueils Játékok (« Jeux ») pour piano s’adressent autant aux enfants qu’aux concertistes.
  • Anna Thorvaldsdottir (née en 1977) : compositrice islandaise aux paysages sonores amples et sombres.
  • Max Richter (né en 1966) : à la frontière du classique et de l’électronique, connu pour Recomposed, relecture des Quatre Saisons de Vivaldi.

Il est aussi éclairant de remonter le temps. Le minimalisme de Reich ou de Glass entretient une parenté inattendue avec la pulsation régulière et les motifs répétés du XVIIIe siècle : notre panorama des compositeurs de l’époque baroque permet d’entendre ces échos. Et nombre de ces œuvres ont trouvé leurs meilleurs défenseurs chez de grands interprètes ; Maurizio Pollini, qui figure dans notre classement des plus grands pianistes, a ainsi consacré une part importante de sa carrière à la musique de son temps.

Écouter la création d’aujourd’hui, c’est accepter de ne pas tout comprendre à la première écoute. Une bonne méthode consiste à choisir une œuvre, à la réécouter à quelques jours d’intervalle, puis à passer à une autre du même compositeur. On découvre vite que la musique contemporaine n’est pas un bloc, mais une multitude de langages, dont certains parlent immédiatement.

Questions fréquentes

Qu'appelle-t-on « musique contemporaine » ?

Au sens strict, il s'agit de la musique savante écrite depuis 1945 environ. Dans l'usage courant, le terme désigne surtout la création récente, celle de compositeurs vivants ou disparus depuis peu.

Qui est le compositeur vivant le plus joué au monde ?

Selon les statistiques annuelles publiées par le site Bachtrack, Arvo Pärt occupe depuis plusieurs années la première place des compositeurs vivants les plus programmés en concert.

La musique contemporaine est-elle forcément difficile à écouter ?

Non. Des œuvres comme Spiegel im Spiegel de Pärt ou Music for 18 Musicians de Reich se laissent écouter sans aucune préparation. D'autres demandent davantage d'attention, mais l'essentiel est de choisir une bonne porte d'entrée.

Existe-t-il de la musique contemporaine pour piano accessible aux amateurs ?

Oui. Für Alina et Spiegel im Spiegel de Pärt, ou certaines des Études et Metamorphosis de Philip Glass, sont abordables par un pianiste de niveau intermédiaire.

L'autriceInès Roche

Inès Roche écrit sur la voix, la pratique chorale amateur et la culture musicale : compositeurs, interprètes et repères pour mieux écouter.

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Article rédigé par la rédaction, sans contrepartie.