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Compositeurs de l'époque baroque : repères, style et œuvres clés

De l'invention de l'opéra à la mort de Bach, un siècle et demi de musique qui a posé les bases du langage tonal. Repères, figures majeures et conseils pour aborder ce répertoire au clavier.

Inès RocheRubriques Chant & chorale et Culture
Publié le Mis à jour le
En bref
—La période baroque s'étend, par convention, d'environ 1600 (naissance de l'opéra) à 1750 (mort de Jean-Sébastien Bach).
—Elle se reconnaît à la basse continue, au goût du contraste et à la fixation progressive du système tonal majeur-mineur.
—Chaque grand compositeur présenté ici est associé à une œuvre d'entrée, facile à trouver et à écouter.

Le mot « baroque » a d’abord été péjoratif. Emprunté au portugais barroco, qui désigne une perle irrégulière, il qualifiait au XVIIIe siècle ce qui semblait bizarre, chargé, excessif. Il a fallu attendre le XXe siècle pour qu’il devienne une étiquette neutre, puis un label prestigieux. Entre-temps, une grande partie de ce répertoire avait été oubliée, avant d’être redécouverte par vagues successives, de la renaissance de Bach au XIXe siècle jusqu’au mouvement des instruments anciens dans les années 1970.

Repères historiques : de l’opéra à la mort de Bach

Par convention, la musique baroque couvre la période allant d’environ 1600 à 1750. La borne de départ correspond à la naissance de l’opéra à Florence et à Mantoue, où des lettrés cherchent à retrouver la force expressive qu’ils prêtent au théâtre antique. Le chant soliste accompagné, la monodie, s’impose alors face à la polyphonie de la Renaissance. La borne finale, la mort de Jean-Sébastien Bach en 1750, est plus symbolique : dès les années 1730, un style plus léger, dit « galant », gagne du terrain.

On distingue souvent trois phases :

  • Le premier baroque (vers 1600-1640) : invention de l’opéra, essor de la monodie et des premières formes instrumentales autonomes, principalement en Italie.
  • Le baroque moyen (vers 1640-1690) : diffusion européenne, naissance de l’opéra français autour de Lully, développement de la sonate et de la cantate.
  • Le baroque tardif (vers 1690-1750) : maturité du système tonal, triomphe du concerto, synthèse des styles nationaux chez Bach, Haendel ou Telemann.

Ces repères sont utiles, mais ils ne doivent pas masquer une réalité plus fluide. La musique circule, les styles italien et français s’opposent puis se mêlent, et chaque cour, chaque ville a ses habitudes.

Les marqueurs du style baroque

La basse continue

C’est le trait le plus constant. Une ligne de basse, jouée sans interruption, soutient l’ensemble du discours musical. Le claviériste (au clavecin ou à l’orgue), parfois aidé d’un luth ou d’un théorbe, réalise les harmonies à partir de chiffres notés au-dessus de la basse. Cette pratique laisse une large place à l’improvisation : deux réalisations d’une même basse chiffrée ne sont jamais identiques.

Le goût du contraste

Le baroque aime opposer : un soliste face à l’ensemble, le fort et le doux, le rapide et le lent. Le concerto grosso, qui fait dialoguer un petit groupe de solistes (concertino) avec l’orchestre (ripieno), en est l’illustration la plus nette.

La théorie des affects

Les compositeurs cherchent à représenter et à susciter des passions précises : la colère, la tristesse, la joie, l’amour. Un air ou un mouvement développe en général un seul affect, avec des figures musicales codifiées, comme la ligne chromatique descendante associée à la plainte.

L’ornementation

Trilles, mordants, appoggiatures et diminutions font partie intégrante de l’écriture. En France, ces ornements sont soigneusement codifiés par des tables ; en Italie, l’interprète dispose d’une plus grande liberté pour embellir la mélodie, surtout dans les reprises.

La fixation de la tonalité

Au fil du siècle, l’ancien système modal cède la place au système tonal majeur-mineur, avec ses fonctions harmoniques et ses modulations. Le Traité de l’harmonie de Rameau, publié en 1722, en propose l’une des premières théorisations systématiques.

Les compositeurs majeurs et une œuvre pour chacun

Claudio Monteverdi (1567-1643)

Charnière entre Renaissance et baroque, Monteverdi signe avec L’Orfeo (1607) le premier chef-d’œuvre de l’histoire de l’opéra. Ses livres de madrigaux témoignent du passage de la polyphonie au style concertant. Œuvre d’entrée : les Vêpres de la Vierge (1610), monumentales et lumineuses.

Jean-Baptiste Lully (1632-1687)

Né à Florence, devenu maître de la musique de Louis XIV, Lully fonde l’opéra français, la tragédie en musique, avec le librettiste Philippe Quinault. Il fixe aussi l’ouverture « à la française », lente et pointée puis rapide. Œuvre d’entrée : Armide (1686), sommet de sa collaboration avec Quinault.

Henry Purcell (1659-1695)

Mort à 36 ans, Purcell est le plus grand compositeur anglais de son siècle. Il excelle aussi bien dans la musique de scène que dans la musique religieuse et les odes de cour. Œuvre d’entrée : Dido and Aeneas, et en particulier la lamentation de Didon, « When I am laid in earth », construite sur une basse obstinée descendante.

Arcangelo Corelli (1653-1713)

Violoniste à Rome, Corelli publie peu, mais chacun de ses recueils fait date. Ses sonates et ses concertos deviennent des modèles étudiés dans toute l’Europe. Œuvre d’entrée : les Concerti grossi, opus 6, publiés après sa mort, notamment le n° 8, dit « Concerto pour la nuit de Noël ».

Antonio Vivaldi (1678-1741)

Prêtre et violoniste vénitien, Vivaldi enseigne longtemps à l’Ospedale della Pietà, institution qui accueille des orphelines formées à la musique. Il a écrit plusieurs centaines de concertos et façonné la forme en trois mouvements vif-lent-vif. Œuvre d’entrée : Les Quatre Saisons, extraites du recueil Il cimento dell’armonia e dell’inventione (opus 8, publié en 1725).

François Couperin (1668-1733)

Surnommé « Couperin le Grand », il est la figure centrale du clavecin français. Ses quatre livres de pièces de clavecin regroupent des « ordres » aux titres poétiques ou énigmatiques. Œuvre d’entrée : Les Barricades mystérieuses, extraites du deuxième livre, et, pour la voix, les Leçons de ténèbres.

Georg Philipp Telemann (1681-1767)

Extraordinairement prolifique, Telemann est de son vivant plus célèbre que Bach. Établi à Hambourg, il maîtrise tous les styles et tous les genres, avec une prédilection pour les mélanges de goûts italien et français. Œuvre d’entrée : la Tafelmusik (« musique de table »), publiée en 1733.

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)

Théoricien avant d’être reconnu comme compositeur d’opéra, Rameau débute tardivement sur la scène, à 50 ans, avec Hippolyte et Aricie (1733). Son orchestration et ses harmonies audacieuses déclenchent de vives querelles. Œuvre d’entrée : Les Indes galantes (1735), opéra-ballet spectaculaire.

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)

Né à Halle, formé en Italie, Haendel fait l’essentiel de sa carrière à Londres. Après le déclin de l’opéra italien en Angleterre, il se tourne vers l’oratorio anglais, genre qui lui assure une gloire durable. Œuvre d’entrée : Le Messie, créé à Dublin en 1742, ou, côté instrumental, la Water Music.

Jean-Sébastien Bach (1685-1750)

Organiste et cantor, notamment à Leipzig à partir de 1723, Bach porte à son sommet l’art du contrepoint. Son œuvre embrasse les cantates, les Passions, la musique pour orgue, pour clavier et pour ensembles. Œuvre d’entrée : les Concertos brandebourgeois, dédiés en 1721 au margrave de Brandebourg, puis Le Clavier bien tempéré.

Domenico Scarlatti (1685-1757)

Fils du compositeur d’opéras Alessandro Scarlatti, Domenico passe la majeure partie de sa vie au service de la cour ibérique, d’abord à Lisbonne puis à Madrid. Il laisse plus de cinq cents sonates pour clavier, en un seul mouvement, d’une inventivité inépuisable. Œuvre d’entrée : un choix de sonates, par exemple la K. 141, avec ses notes répétées, ou la K. 466, plus méditative.

D’autres noms à connaître

La liste pourrait s’allonger longtemps : Heinrich Schütz et Dietrich Buxtehude en Allemagne, Girolamo Frescobaldi pour l’orgue italien, Marc-Antoine Charpentier (dont le prélude du Te Deum est devenu l’indicatif de l’Eurovision), Marin Marais pour la viole de gambe, ou encore Giovanni Battista Pergolesi, dont le Stabat Mater annonce déjà le style suivant.

Le baroque au clavier

Le clavecin, instrument roi

À l’époque baroque, le clavecin est omniprésent : instrument de basse continue, instrument soliste, instrument d’étude. Ses cordes sont pincées par des becs, et non frappées par des marteaux. Il en résulte une conséquence majeure : le claveciniste ne peut pas faire varier l’intensité d’une note par la force de son toucher. Les nuances passent par d’autres moyens : changement de clavier, registration, densité des accords, ornementation, et surtout art de l’articulation et du phrasé.

L’orgue joue aussi un rôle central, en particulier en Allemagne, tandis que le clavicorde, plus intime, permet de légères nuances. Le pianoforte, inventé en Italie au début du XVIIIe siècle par Bartolomeo Cristofori, reste encore marginal durant la période.

Jouer ce répertoire au piano

Jouer Bach, Scarlatti ou Rameau sur un piano moderne n’a rien d’hérétique : c’est une tradition bien établie, que des interprètes comme Glenn Gould ou Sviatoslav Richter, présents dans notre classement des plus grands pianistes, ont portée très haut. Quelques principes aident toutefois à respecter l’esprit de cette musique :

  • Articuler : un jeu légèrement détaché, surtout dans les passages rapides, restitue la vivacité du clavecin.
  • Doser la pédale : la résonance prolongée brouille facilement le contrepoint. Mieux vaut l’utiliser par touches légères, voire s’en passer. Notre guide de la pédale de sustain détaille ces différents usages.
  • Faire entendre les voix : dans une fugue, chaque ligne doit rester identifiable. Le piano, qui permet de différencier les intensités, est ici un atout.
  • Soigner les ornements : les trilles commencent en général par la note supérieure, et leur exécution varie selon les traditions nationales.
  • Éviter les excès de rubato : la pulsation régulière est l’une des forces motrices du baroque.

Par où commencer ?

Pour un pianiste amateur, le Petit Livre d’Anna Magdalena Bach et les Inventions à deux voix offrent une progression naturelle. Les sonates de Scarlatti, plus exigeantes, constituent une excellente école de légèreté et de précision. Lire une partition baroque suppose de bien maîtriser les clés et les rythmes pointés : notre dossier pour apprendre le solfège seul peut servir de point d’appui.

Écouter le baroque aujourd’hui

Depuis les années 1960 et 1970, le mouvement dit « historiquement informé » a transformé l’écoute de ce répertoire. Des chefs et des ensembles se sont appuyés sur les traités anciens et sur des copies d’instruments d’époque pour retrouver des sonorités plus légères, des tempos plus vifs et des effectifs réduits. Gustav Leonhardt, Nikolaus Harnoncourt, William Christie et ses Arts Florissants, John Eliot Gardiner ou Jordi Savall ont largement contribué à cette redécouverte, qui a ramené sur scène des œuvres oubliées depuis des siècles.

Les deux approches coexistent désormais sans exclusive. Écouter un même concerto de Bach sur instruments anciens puis par un orchestre moderne, ou une suite au clavecin puis au piano, reste l’une des meilleures façons de comprendre la richesse de cette musique.

Questions fréquentes

Quelles sont les dates de la période baroque en musique ?

On la situe généralement entre 1600 et 1750. Ces bornes sont des repères commodes : les premiers opéras florentins apparaissent vers 1600 et la mort de Bach, en 1750, sert de point final symbolique, même si le style évolue de façon progressive.

Qu'est-ce que la basse continue ?

C'est une ligne de basse jouée en permanence par un ou plusieurs instruments (clavecin, orgue, luth, violoncelle, basson…), sur laquelle le claviériste improvise des accords indiqués par des chiffres. Elle forme le socle harmonique de presque toute la musique baroque.

Peut-on jouer la musique baroque au piano ?

Oui, et c'est une pratique ancienne. Il faut simplement adapter le jeu : articulation plus détachée, pédale utilisée avec parcimonie, ornements soignés et attention à la clarté des voix.

Quel compositeur baroque écouter pour commencer ?

Vivaldi avec Les Quatre Saisons et Haendel avec la Water Music sont très accessibles. Pour le clavier, les Inventions de Bach ou quelques sonates de Scarlatti constituent d'excellents points de départ.

L'autriceInès Roche

Inès Roche écrit sur la voix, la pratique chorale amateur et la culture musicale : compositeurs, interprètes et repères pour mieux écouter.

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Article rédigé par la rédaction, sans contrepartie.